Consternation. Dr Bernard Payrau ; le 16 Juillet 2016

Hécatombe sur la Promenade des Anglais. Le 14 juillet   "un camion fou" a roulé dans la foule sur 2 km. Non, un conducteur assassin. Bilan provisoire 84 morts dont 10 enfants, en plus des blessés « en urgence absolue » ou pas. Aujourd'hui, l'émotion m'étreint la gorge, j'ai pris un énorme coup de poing dans l'estomac et tel un papillon de nuit avec la lumière, mon esprit est sans cesse attiré par cet événement. 

Quelle est la nature de l'émotion qui m'a envahi ? Une immense peine et une profonde tristesse. Ma propre émotion est décuplée par la contagion émotionnelle engendrée par les informations qui tournent en boucle. Après un tour d'horizon sur les faits et quelques commentaires journalistiques et politiques, nous décidons d'éteindre la radio. Notre cheminement intérieur suffit. Point n'est besoin d'ajouter une quelconque effervescence à ce mouvement personnel. Une certaine forme de recueillement s'impose. Si nous en ressentons le besoin, Christine et moi, nous échangerons dans l’intimité du couple. La réflexion sera le nécessaire complément de l'émotion, sans laquelle l'être humain se laisse emporter par ses mouvements intérieurs. L'émotion du monde ne doit pas nous entrainer dans le cycle infernal où la violence engendre la violence, et fait naitre les désirs de vengeance délétères. Ce matin, j'ai entendu "celui qui conduisait le camion, il n'aurait pas fallu le tuer tout de suite, mais le martyriser". 

Tout attentat recherche la médiatisation. Frapper la Nation française, le jour symbolique de la fête nationale. Un vrai défi d'un mode de guerre à un autre après le défilé militaire du matin ! Un lieu connu du monde entier : Nice, la Promenade des Anglais. Au sein d'une foule innocente faite de familles avec enfants, un comble d'horreur qui sera exploité. Fanatisme, cynisme et stratégie réunis tout à la fois. 

Toutes ces vies volées, toute cette souffrance imposée à tant de gens, à l'aveuglette, comme ça, c'est insupportable. On pourra toujours dire que c'est le destin qui a frappé, se référer à la tragédie grecque classique : un événement, dont les causes dépassent l'homme, a frappé la vie de ces gens-là. Et celle de leurs proches. Il ne fallait pas être là, à ce moment-là. Des personnes ont échappé à la tuerie de novembre dernier à Paris, simplement parce qu'elles étaient allées au tabac d’à côté acheter des cigarettes. Simple hasard ou autre chose ? Une proposition qui ne m'apparait pas délirante avait été faite, qui consistait à s'assurer de la compétence d'autiste "hyper-intelligents", dits Asperger (1). La surdouance et les capacités intellectuelles et créatives exceptionnelles qui les caractérisent leur confèrent un sens de l'observation hors norme qui leur permet de repérer très vite ce qu’il y a d’atypique ou de dissonant dans un ensemble très important de données. Ou alors l’intuition (2). 

Reste la question de la prévention. Protection contre les groupes de pression et d'influence au premier rang desquels les religions. Surtout les religions prosélytiques qui ont cherché et cherchent encore à gagner des adeptes : ma religion est meilleure que la tienne, tu devrais l'adopter, sinon je te l’impose ou je te tue. Le bouddhisme n'a pas été épargné, les soldats de Pol Pot assassinaient des populations entières en chantant des prières bouddhistes sur le caractère éphémère de la vie (3). Il faut reconnaitre que c'est un levier très puissant pour soulever les populations : catholicisme en Pologne, islam en Afghanistan versus l’impérialisme communiste du grand frère soviétique, en sont deux exemples flagrants. 

Reste, non pas l'enseignement qui peut être pour les groupes d 'influence, un moyen puissant de modeler la pensée des individus, mais une éducation à la sagesse permettant de penser par soi-même, « en son âme et conscience ». Un travail qui conduise certes lentement, mais sûrement, à l'acquisition du respect de l'autre fondé sur le respect de soi-même (4). 

(1) J.P. Curtay. Des autistes dans la lutte contre les terroristes ? - Femme Actuelle. http://www.femmeactuelle.fr/sante/sante-pratique/terroristes-lutte-autistes-asperger-surdoues-25650

(2) G. Leroy-Terquem, D. Si Ahmed. Développer son intuition même quand on a l'esprit fermé Solar, Harmony (2014)

(3) S.-Ch. Kolm. Le Bonheur Liberté, Bouddhisme profond et Modernité, PUF (1982)

(4) F. Dolto. Solitude. Gallimard, Folio essais, 1994 ; p428.

Même la non-nuisance à son propre corps n’est pas enseignée. La non-nuisance à son corps, pas plus que la nuisance au corps d’un autre. Parce qu’il est un objet de la société, il est un citoyen, il n’a pas le droit de faire mal à un citoyen, même si ce citoyen c’est lui. Aux Etats-Unis, il y a une loi sur l’automutilation. Le suicide est puni de deux à cinq ans de prison quand il est raté, même s’il s’agit d’un Français sur le sol américain.

Stress et Limites. Dr Bernard Payrau – 26 Juin 2016

Si le terme de stress désigne couramment un état pénible de la vie quotidienne, à en juger par l'usage qui en est fait, une multitude de sens lui est attribué. L'approche étymologique nous offre la solide base de ses origines. Stringere, sa racine latine, signifie serrer étroitement et même étrangler. Dans la branche Anglaise de cette famille de mots, au premier degré se trouve le terme string, qui signifie ficelle. Nous le voyons bien, le stress ficèle les gens et string n'a pas seulement un rapport avec le slip brésilien justement bien connu pour la position stratégique de sa ficelle ! En Français, stringere a produit estreindre, étreindre en Français moderne et son proche parent restreindre. Il n'y a donc rien de plus logique que l'angoisse, manifestation habituellement représentative du stress, nous étreigne la gorge et restreigne notre respiration.

Malheureusement, pour un Français, l'usage du mot stress est un anglicisme, avec toutes les approximations de sens que l'on peut imaginer. Mésaventure arrivée à Hans Selye, dont l'anglais n'était pas la langue maternelle.  Le "père du stress", tel que nous l'entendons de nos jours, découvrit, mais un peu tard, qu'il aurait du choisir un autre terme mieux adapté au processus qu'il avait si bien discerné. En Français, les termes qui me semblent les plus justes vis à vis du "sujet du stress" sont contrainte et pression. Exprimé dans notre langue, la contrainte est la cause qui déclenche le processus du stress et produit une déformation (strain en Anglais). Contrainte du temps de la vie occidentale contemporaine qui vit en « Temps compté »: pour ne pas rater son train, pour payer ses impôts, ou temps de parole à respecter pour ne pas empiéter sur la conférence de celui qui nous succède. Temps mesuré qui règle notre vie: « l'heure, c'est l'heure, avant l'heure c'est pas l'heure, après l'heure c'est plus l'heure », propos ô combien ironique dans la bouche de Jules Jouy chansonnier anarchiste, qui par définition récusait la règle sociale! 

Règle du jeu, temps imparti de deux fois 45 minutes, temps additionnel, prolongations que le football nous propose de vivre à travers l'Euro. Et qui démontre bien les limites imposées par la règle, les étirements qu'on peut lui faire subir jusqu'au moment où ce n'est plus possible, temps des tirs au but qui stresse joueurs et arbitre, mettant sous pression tout ce petit monde, spectateurs compris. Les limites contournent, cernent, enferment et délimitent un dedans et un dehors. Dans la vie, il y a ceux que les limites rassurent et ceux quelles angoissent. Question de tempérament. Il en est de même des règles et des règlements. Par son coup de boule, Zidane s'est retrouvé exclu, et les joueurs de hockey sur glace fautifs vont en prison. Peine de prison que l'on nomme parfois "contrainte par corps". 

Les règles définissent les limites de ce qu'on peut faire et créent de la cohésion, du lien. Mais le lien ligote une liberté, restreinte de façon règlementaire. Et les enfants jouent avec tant d'insistance avec les limites pour apprendre jusqu'où ne pas aller trop loin, et même un peu plus tard "vous dépassez les bornes, jeune homme" dit-on à ce jeune adulte bouillonnant. Dépasser les limites ou rester dedans ? On admire ceux qui ont repoussé les limites du possible et sont consacrés en Héros. Qu'est-ce Marco Polo est allé faire en Chine ? Nous rapporter des nouilles. Et même pour les vaches l'herbe est plus verte dans le champ d'à-côté! 

Alors on peut rester sagement à l'intérieur des limites, flirter avec, les ignorer, les enfreindre ou les transgresser. Ou les repousser comme l’alcoolique qui ne peut plus s’arrêter aux limites qu’il s’était fixées. Question de choix. Entre les extrêmes, on peut choisir la voie du milieu comme le font les Bouddhistes, ou devenir philosophe et adopter la belle vertu de la Tempérance[i].

 

Certes, sans berges la rivière devient la nappe d'eau stagnante d'un marécage, mais si la rivière ne déborde, pas de riches plaines alluviales. Paradoxe que l'on pourrait tenter de résoudre en le transcendant. Jacques Vigne inlassable animateur de sessions de méditation, racontait qu’il avait été invité dans une prison. Un groupe de volontaires parmi lesquels certains détenus purgeant de lourdes peines s’étaient entrainé avec lui à méditer. Et tout en riant il ajoutait : "tu te rends compte, je leur ai appris à s'évader". Dans la même veine, je ne résiste pas au plaisir de vous proposer de lire ou relire le koan de l'oie tiré de la sagesse Zen.

Koan de l’Oie :

« Une petite oie est mise dans une bouteille, alimentée et nourrie. L'oie continue à devenir de plus en plus grande et grosse et remplit toute la bouteille. Maintenant elle est trop grosse, elle ne peut pas sortir par le col de la bouteille, le col est trop étroit. » Et le koan dit que vous devez sortir l'oie sans détruire la bouteille, sans tuer l'oie.

Si vous ne connaissez pas la réponse, je vous propose de sortir du plan matériel et de chercher ce que représentent symboliquement la bouteille … et l’oie. On peut s’aider aussi avec la lecture de ces quelques pages d’André Comte-Sponville[ii]  tirées d’une expérience personnelle.

Bonne quête, la solution passe par le jeu de mot de Jacques.  En cas de besoin, vous avez mon e-mail.

[i] Miss Tic. Street Art. Rue de la Forge Royale, Paris 11e.

[ii] L’esprit de l’athéisme. Le livre de poche, édition 2011. Albin Michel

Pp 164-7 : Ce sentiment océanique, tel que le décrivent Romain Rolland ou Freud, ne m’est pourtant pas inconnu. Cette « sensation d’éternité, de quelque chose de sans borne, de sans frontière », comme dit Freud, cette impression de sécurité ultime, même face au danger …


Bonheur à Volonté. Dr Bernard Payrau – 20 Mai 2016

 « Il y a plus de volonté qu'on ne croit dans le bonheur », en écho à cette phrase d’Alain[i] citée par mon interlocuteur, dans mon esprit a surgi « Alors, bonheur à volonté ? ». 

Depuis que l'homme existe, le mal-être existentiel poursuit l'humanité et le bonheur la fuit éveillant en chacun une douloureuse sensation de manque. L’un des items composant l'inventaire de personnalité anxieuse de Spielberger[ii] aborde ainsi le sujet du bonheur : "Je voudrais être aussi heureux que les autres semblent l'être". Proposant à la personne d’évaluer son degré de bonheur en le mesurant à celui des autres. En réponse à la pénurie de bonheur, pour le nouvel an, on se souhaite santé et bonheur, vœux implicite d’une santé à conserver et d’un bonheur à acquérir. Et à garder jalousement avec une possessivité qu’André Gide a si bien stigmatisée dans cette phrase[1] qui commence par « familles, je vous hais » et se termine par « possessions jalouses du bonheur ».  Le bonheur, cette denrée rare à laquelle chacun aspire, et parfois oublie de partager, comme il se doit de tout art de vivre[iii].

Sur le chemin d’un travail personnel, il est commun découvrir que « j’ai droit » ou « j’ai pas- droit » au bonheur ». Revendication à une "part de bonheur", « sa » part de bonheur, telle une part du gâteau au festin de la vie ! Au siècle des Lumières, s’était répandu le culte du progrès et du bonheur universel. La revendication au bonheur pour chacun, a ensuite été propulsée par les révolutions démocratiques, industrielles, philosophiques des deux derniers siècles[iv]. La déclaration d’indépendance des Etats-Unis fait siéger la recherche du bonheur aux cotés de la vie et de la liberté. Toutefois, le bonheur des uns a fait le malheur des autres, notamment des Amérindiens qui y ont perdu une bonne part du gâteau. La révolution scientifique et technologique, qui selon Nietzsche allait restaurer l’état de pureté originelle et le bonheur d’un paradis perdu, a contribué à améliorer considérablement le confort de vie, générant aussi les problèmes de pollution que nous savons. Quant à faire le bonheur des personnes, j’en doute !

Si selon sa définition, la prospérité dispense le bonheur, alors travaillons à la paix[v] qui est source de prospérité[2]. « Santé, Prospérité » se souhaitent les Chinois, au nouvel an. D’ailleurs, peut-on être heureux en mauvaise santé ? Difficile ! Mais le bonheur et la santé ça s’apprend[vi]. Aristote liait le bonheur au repos que procure notamment un passe-temps lorsqu’il est « honnête »[3]. La formule bain chaud, avec masque sur les yeux et musique, le tout accompagné d’un verre de whisky peut offrir des satisfaction après une journée harassante. Les activités physiques intelligemment conduites qui conduisent à la volupté du corps en délivrant des endorphines au coureur et en d’autres circonstances l’ocytocine « hormone du bonheur » libérée lors de l’orgasme.

Mais tout cela est très impermanent, alors qu’un corps en bonne santé et sans souffrance qui fonctionne à l’intérieur de son domaine d’homéostasie peut être source de bonheur. Ce à quoi Walter Cannon, le célèbre physiologiste du XXe siècle, renvoie avec sa formule « la sagesse du corps ». Alors, cultivons notre corps comme un jardin et c’est ce que proposent les thérapies dites de régulation comme l’homéopathie ou l’acuponcture. Mais aussi toutes les pratiques à médiation corporelle. Des thérapies manuelles qui suivent un processus « body-mind » telles que la fasciathérapie conduisent souvent les personnes à une rencontre directe avec un intense bonheur d’exister, sans objet apparent. De même, la réflexologie est une méthode clairement démontrée de bien-être[vii]. L’hypnose au cheminement « mind-body » inverse des précédents, incite les personnes à se placer dans un lieu de paix, dont nous savons qu’elle engendre la prospérité, donc le bonheur.

Cependant, le « vouloir » d’Alain est seulement une volonté de mise en œuvre, car le bonheur échappe à qui le cherche explicitement[viii]. La volonté initiatrice devra s’effacer au profit d’un laisser advenir pour que fleurisse un bonheur dont nous jouirons. C’est ainsi que complétant l’expression de sa pensée Alain a écrit : « Le bonheur est une récompense qui vient à ceux qui ne l’ont pas cherchée »[ix]. Où l’on remarque que cherchée au féminin se rapporte à récompense et non à bonheur, écartant ainsi ce qui paraissait de prime abord une contradiction chez le philosophe. Et incite à ancrer en soi l’intention de bonheur, sans en revendiquer la jouissance.

[1]« Familles, je vous hais ! Foyers clos ; portes refermées ; possessions jalouses du bonheur.» Nourritures Terrestres. Gallimard (1988) 

[2] Le Grand Robert. Prospère : Qui est favorable au succès, qui dispense le bonheur.

[3]Le repos aussi semble également nous assurer le plaisir, le bonheur, la félicité. Il faut également qu'un passe-temps, tout honnête qu'il est, soit en outre agréable ; car le bonheur n'est qu'à ces deux conditions.

[i] Alain (Emile Chartier). Propos sur le bonheur (1928). Folio Ed. Egalement accessible sur internet: http://classiques.uqac.ca/classiques/Alain/propos_sur_le_bonheur/alain_propos_bonheur.pdf

[ii]C.D. Spielberger STAI Inventaire d’état et de trait d’anxiété. 1972 et 1983

[iii]Serge Carfantan Bonheur et art de vivre, Troisième millénaire.

[iv] M. Eltchaninoff. Pourquoi ne sommes-nous pas plus heureux ? Philosophie Magazine. Eté 2013 ; 71 pp 39-41.

[v] Lire ou relire le billet d’actualité : Fichez-nous la Paix !

[vi] M. Leborgne. Le bonheur s’apprend, la santé aussi. Ductus Ed. (2011).

[vii] E. Breton. Réflexologie pour la forme et le bien-être. ( 2015)  www.editions-vie.com

[viii]M. Eltchaninoff. Philosohie Magasine.

[ix] Alain. Propos. Gallimard (1999).

Fichez nous la paix ! Dr Bernard Payrau – 22 Avril 2016

 En me promenant près de chez moi, sur le mur d'une caserne désaffectée cette fresque murale avait fait son apparition, affirmant "Foutez-nous la paix". 




Outre l'énoncé, j'avais aimé l'à propos du sujet et de son support, un mur de caserne ! Quelque temps après les attentats de novembre 2015 elle avait succédé à une autre, plus poétique. Le temps que je revienne la photographier, elle avait été partiellement masquée par un panneau de travaux : la paix était déjà menacée. Quelques semaines plus tard, en élargissant ma promenade jusqu'à Bombay, je tombe nez à nez

avec un tag de la même veine dans une école d'art plastiques. De sinistre mémoire, Bombay avait aussi connu en 2008 des attentats qui avaient bouleversé le monde.

Heureusement, mes promenades m'ont aussi conduit à rencontrer la Paix sous la forme de deux bien belles allégories. Toutes deux figurent en bonne place dans une représentation du "bon gouvernement" et de ses effets.  A la bonne heure ! L'une dans la salle des Neuf du Palazzo Pubblico de Sienne, l'autre à Washington à l’entrée de la superbe Bibliothèque du Congrès. Et l'on y voit qu'un gouvernement qui favorise la paix génère bien-être et opulence.

Tableau 1 : La paix aux côtés de la Fortitude et de la Prudence

Tableau 2: Peace and Prosperity

Même s'il existe des femmes belliqueuses, telles les Amazones ces guerrières redoutables, les allégories de la Paix sont toujours représentées par une femme.  De mon point de vue de médecin, j'incline à penser que, sauf exception, les femmes qui portent la vie sont plus enclines aux actions qui la protègent qu'à celles qui la détruisent. Et de fait, les Amazones se brulaient le sein droit pour mieux tirer à l’arc, sacrifiant ainsi une partie de leurs attributs nourriciers. Afin d’œuvrer en faveur de la paix, faudra-t-il que les hommes développent leur aspect féminin pour être plus respectueux de la vie ? Faudra-t-il que les femmes ne soient pas incitées à développer leur agressivité, leur virilité, bref à ne pas devenir belliqueuses ?

Alors comment vivre dans la paix ?

De tous temps et en tous lieux, la guerre a eu sa place dans l’histoire de l’humanité. C’est que recherche de pouvoir et de domination sont largement partagés dans le vivant, mais rarement bien régulés chez l’humain. Chez les grands singes, impressionner le mâle dominant adverse est une pratique souvent efficace pour éviter un combat à l’issue incertaine. Chez l’être humain c’est plutôt le chemin de la surenchère : à la bombe A, a succédé la bombe H et bien d’autres encore. Cultiver la diplomatie pourrait être une solution par la parole, mais c’est de ses échecs que naissent les guerres. Les accords de Munich passés en 1938 avec Hitler en sont un exemple cuisant !

"Ce qui cause les guerres c’est le désir d’avoir du prestige, du pouvoir, de l’argent ; et aussi la maladie qui s’appelle nationalisme avec le culte des drapeaux, et la maladie des religions organisées avec le culte des dogmes" a dit Krishnamurti(1). Opinion certainement discutable, mais force est de constater que c’est bien le dogmatisme forcené qui a semé la guerre urbaine que sont les attentats djihadistes. Alors, tentons une approche différente : si la guerre est de nature collective, la paix ne pourrait-elle pas être de nature individuelle ? C’est la « logique guerrière de nos ego apeurés » selon la formule de Thierry Janssen(2), qu’il serait utile d’amender en suivant le conseil de Gandhi : « vous devriez être le changement que vous souhaitez voir dans le monde ».

Alors, pour la paix dans le monde, appliquons les principes qui tendent à résoudre les conflits intérieurs et mettent en paix avec soi-même. Soulager les douleurs physiques, car rien de tel qu’une violente douleur de dent pour rendre irritable. Calmer la peur qui génère la défensive et l’agressivité. Dépasser ses ambivalences, ses ambiguïtés, ses contradictions. Résoudre harmonieusement ses propres différends pour commencer à vivre en paix avec son voisin. Toutes les méthodes peuvent être utiles, qu’elles soient de simple bien-être, de soin ou de thérapie. Toutes celles qui ne déplacent pas le problème ou étouffent le symptôme par la coercition.

Et ainsi, en multipliant les actions d’apaisement individuel, lever une armée d’êtres humains forts et prudents, et surtout profondément en paix avec eux-mêmes, qui fera fondre les velléités belliqueuses du reste du monde.

(1) J.KRISHNAMURTI " L'éducation et la paix". https://fr-fr.facebook.com/notes/a-petits-pas-vers-soi/jkrishnamurti-l%C3%A9ducation-et-la-paix/409050355803133

(2) Thierry Janssen (2003). Vivre en paix. Marabout (2015).


Que les Grands donnent l’exemple – Dr Bernard Payrau, le 9 Avril 2014

Un haut dignitaire de l'église catholique est suspecté d'avoir couvert plusieurs prêtres accusés d'actes de pédophilie. Et il y a quelques jours, un de ses subordonnés renchérit en disant qu’il n’est pas sûr que ce soit un péché. Quand les garants des références du bien et du mal sont pris en défaut et se défendent avec un soupçon de mauvaise foi, les repères moraux de la société sont fragilisés. Les auteurs d’actes délictueux et les victimes ne sont pas reconnus pour ce qu’ils sont, générant un flou dans lequel le doute et l’injustice met les plus faibles en situation d’insécurité. Nous, thérapeutes qui accueillons les victimes de ces préjudices, alertons sur cette situation qui est un handicap majeur à l’apaisement des êtres ayant subi la maltraitance dans leur âge tendre.

Pédophilie. Dictionnaire (1) et OMS (2) sont d’accord, c’est l’attirance sexuelle pour les enfants. Dans les référentiels de la psychiatrie (3), cette préférence sexuelle pour une cible anormale est un trouble mental, une perversion sexuelle. Depuis les années 1990, l'emploi répétitif par les médias du terme pédophilie pour désigner des crimes sexuels actés (4) en a fait dériver le sens, et dans le langage courant pédophilie ne désigne plus un désir, c’est devenu un acte réalisé. Le droit français (5) qui statue sur les actes et non sur les désirs, n’intègre pas le terme pédophilie, mais l’expression « abus sexuels sur mineur ». Si l'enfant était consentant c’est une atteinte sexuelle, si la relation a été imposée, c’est une agression sexuelle ou un viol. Ce dernier est un crime jugé en cour d'assises, les autres des infractions pénales, des délits jugés devant les tribunaux correctionnels.

En France, la majorité civile est de 18 ans, permettant alors au citoyen de se marier (6), mais si l’expression « majorité sexuelle » est d’usage courant, aucun texte législatif n’en fait mention. L’activité sexuelle étant d’ordre privé, elle est considérée autrement par la loi qui, en 2016, stipule que 15 ans est l'âge à partir duquel on n'est plus sexuellement un enfant. De ce fait, une personne qui se livre à une activité sexuelle avec un garçon ou une fille de moins de 15 ans commet au minimum une infraction pénale. Tel est le point de vue de la loi en France, qui est à quelques détails près celui du monde occidental contemporain.

Concrètement, que se passe-t-il avant et après l’âge de 15 ans ? Avant, seules les relations entre mineurs notamment proches en maturité et en âge, ne sont en général pas considérées comme infraction et sont donc tolérées.  Après l’âge de 15 ans, toute activité sexuelle consentie est autorisée. Cependant, et ceci est d’une importance capitale pour ce sujet d’actualité, c’est interdit avec un « pas encore majeur » âgé de 15 ans ou plus, quand il existe avec lui une relation de subordination (7).

Au-delà de la notion morale de bien et de mal, une réalité objective est que les enfants naissent fragiles et dépendants des adultes, qui ont la responsabilité de leur éducation. Ils sont naïfs, et leur apprentissage de la vie dépend des adultes qui les forment, et sous le pouvoir desquels ils grandissent. De ce fait, tout éducateur a un devoir de probité qui est à la mesure du pouvoir qu’il possède sur l’enfant. Parents compris. Si ces éducateurs enfreignent des règles qu’il leur incombe d’inculquer, ils portent un double préjudice à l’enfant. D’une part, ils ont trahi leur confiance laissant souvent des traces indélébiles chez l’adulte qu’ils deviendront. D’autre part, l’enfant sera perturbé dans sa structuration, car placé face à une contradiction hautement destructrice : obéir à une autorité qui inculque des règles, tandis que, par l’exemple de son comportement, elle enseigne de les enfreindre. Cet enfant sera abusé à plusieurs titres !

Alors, précepteurs de nos enfants, Ministres de la Foi ou de la vie publique, soyez intègres, car même si le temps nous a démontré que ce fut à tort, Socrate accusé de corrompre la jeunesse a dû boire la ciguë. Mieux, exhortons « Les Grands » pour qu’ils donnent l’exemple, car on le sait bien, quand les parents boivent, les enfants trinquent !

(1) Dictionnaire de la langue française. Le Grand Robert

(2) CIM 10 de la classification OMS

(3) DSM V, manuel diagnostic et statistique des troubles mentaux (2013).

(4) Affaire Dutroux (1996). https://fr.wikipedia.org/wiki/AffaireDutroux

(5) Tous les textes législatifs français peuvent être consultés sur le site Légifrance, plus particulièrement dans la section code pénal.

(6) Avant 2005 il était de 15 ans pour les filles.

(7) Parent, beaux-parents, professeur, moniteur, médecin, policier.


Dire pour s'affirmer et vivre pleinement – Dr Bernard Payrau le 16 Mars 2016

Parler pour ne rien dire ne date pas d'aujourd'hui, toutefois les moyens de communication actuels ont ouvert une multitude d'autoroutes à ce phénomène de communication vide de sens. Tuée par la quantité : flot de paroles débitées dans un smartphone au forfait illimité. Tuée par la vitesse de mots propulsés impulsivement par un SMS ou un e-mail qui manquent de "deux sous de réflexion" et n'expriment rien ou le contraire de "ce qu'on voulait dire". Et débouche vite dans l'absurdité, parfaitement savoureuse dans la bouche de certains humoristes tel Raymond Devos, ou dans le texte qui a circulé récemment sur le Web et peut être lu en fin de billet (1), soulignant l'affligeante omniprésence de cette absurdité.

Parler pour dire. Dire c'est poser un acte et s'affirmer : "ce qui est dit est dit". C'est un point final lorsqu'on a dit ce qui est, ou dit son opinion, accord ou désaccord : "la messe est dite". Savoir le dire aussi, en usant d'une palette de possibles tels que douceur, persuasivité, fermeté, etc., les situations les plus conflictuelles pouvant largement bénéficier de technique de communication telles que celle de Marshall Rosenberg (2).

Une dame me raconte que quelques années auparavant, elle devait bien avoir 80 ans à l'époque, dans le bus qu'elle avait emprunté un petit jeune homme crie sa haine des Français et de la France ; personne ne bouge ni ne réagit ; elle se lève, le prend gentiment par le bras et lui dit : si tu n'aimes pas la France, tu as le droit et tu peux le dire, mais qui t'oblige à vivre ici ? Arrivée à sa station le jeune homme l'aide à descendre et lui dit merci "Madame, vous savez faire respecter votre pays". Cette femme vit dans une résidence très cosmopolite en très bonne entente avec ses voisins qui lui rendent toutes sortes de petits services et sont d'une grande gentillesse avec elle. Elle ne saurait être taxée de xénophobie.

Dire, c'est aussi lutter contre la barbarie ordinaire. Rappeler les règles de la vie sociale, c'est lutter contre les petits terrorismes quotidiens. C'est lutter contre la barbarie qui peut se définir ainsi que le propose Comte-Sponville (3) comme l'absence de ces règles de "bon comportement" interindividuel, c'est à dire, de civilité. Et lutter contre l'incivilité (4) permet de se sentir utile à son groupe social, fonction individuellement très valorisante, comme le souligne l'esprit anglo-saxon.

Et puis, une fois que l'on a dit les choses importantes, y compris désagréables, ayant dit ce qu'on avait sur le cœur, le cœur léger on peut s'intéresser à d'autres choses (5). Celles qui nous font trouver la vie bien belle !


(1) Facebook, caricature.

Bonjour, comme je n’ai pas Facebook, j'essaie de me faire des amis en dehors du vrai Facebook tout en appliquant les mêmes principes. Alors tous les jours, je descends dans la rue et j'explique aux passants ce que j'ai mangé, comment je me sens, ce que j'ai fait la veille, ce que je suis en train de faire, ce que je vais faire demain, je leur donne des photos de ma femme, de mes enfants, du chien que j'ai déjà eu, de moi en train de laver ma voiture, et de ma femme en train de coudre. J'écoute aussi les conversations des gens et je leur dis "j'aime !". Et ça marche : actuellement j'ai déjà quatre personnes qui me suivent : deux flics, un psychiatre et un psychologue !

(2) Marshall Rosenberg (2004). Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) : Introduction à la Communication Non Violente. Editions La Découverte ou dans une formulation plus européenne :

Thomas d'Ansembourg (2014). Cessez d'être gentil, soyez vrai ! Edition de l'Homme. 

(3) André Comte-Sponville (2012). Le sexe ni la mort. Albin Michel. p 36 "... vous avez renoncé au droit et à la politesse. Il n'y a plus que la haine, la violence, la colère : moment de barbarie."

(4) Raphaël Saint-Vincent, Olivier Saint-Vincent (2016). Vivre avec la Menace Terroriste. Eyrolles.

 (5) Un film avec peu de dialogues où beaucoup de choses sont dites : film japonais remarquable de Naomi KAWASE, Les délices de Tokyo. C'est est une très belle ode à la Vie. Les images sont d'une grande beauté et la "leçon de vie " bouleversante d'humanité, il laisse en moi une trace



Media et Guerre Psychologique- Dr Bernard Payrau 3 mars 2016

"C'est vrai je l'ai lu dans le journal" ou d'un passé moins ancien "vu à la télé", sont autant de caricatures d'une certaine naïveté vis à vis des médias. C'est pour cela que les médias sont un levier majeur dans la guerre psychologique. Dans l'Antiquité déjà, démoraliser la population adverse était une stratégie très utilisée, des agents infiltrés répandant par le bouche à oreille des informations catastrophiques. A l'ère moderne, le largage de tracts par avion a été supplanté par les très actuels moyens électroniques de communication.

Loin des caméras, les blessés des attentats de novembre dernier souffrent toujours et ne finissent pas de guérir. Les médias sont focalisés ailleurs. La première guerre du Golfe couverte en direct par les chaînes de télévision a, 24 heures sur 24, rivé devant leur écran des millions de personnes qui ont fini épuisées, horrifiées, déprimées. Idem pour les tours jumelles transpercées par les avions, dont la vidéo a passé en boucle pendant des jours et des jours, et encore à présent à Ground Zéro.

Le 13 novembre, le Président de la République française et le Premier Ministre de l'Allemagne, au centre de leur dispositif de sécurité, étaient physiquement inaccessibles. Mais quel coup médiatique, si sous leur nez, les deux kamikazes avaient réussi à se faire exploser au milieu de la foule venue au stade de France voir cette rencontre amicale de football !

Mais encore plus fort, diffuser sur Internet des images d'atrocités commises sur un être humain, c'est plus opérant, car données en spectacle, ces images touchent intimement chaque personne qui les visionne. Et selon le ressort de tout spectacle, leur empathie mobilisée violemment les projette personnellement dans la peau de la personne torturée. Dès lors, chacun se sent sous la menace des mêmes sévices.

Passer à l'expérience "en première personne" est une intéressante façon de se rendre moins accessible à l'intox. Plus une personne a d'expérience moins on la berne. "Je vois ce que je vois et je me fais une opinion", s'oppose au processus du "je vois ce qu'on me montre, j'écoute ce qu'on me fait entendre, et je le crois". Redevenir un observateur attentif et vigilant, qui ne se laisse pas subjuguer et n'abdique jamais son pouvoir de discrimination, voilà l'objectif. Sans pour autant oublier que Voir n'est pas Savoir et Savoir n'est pas Connaitre.

À lire ou à relire : Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, de J. Jonasson (Presses de la Cité, pocket). Un roman écrit en première personne, le héros âgé de 100 ans raconte sa vie aventureuse avec l'impertinence d'un adolescent. Lecture déstressante que je me plais à partager.

Et pour les amateurs de poésie : Εχω κάτι νά πώ διάφανο κι άκατάληπτο Σάν κελαηδητό σέ ώρα πολέμον. J'ai quelque chose à dire de limpide et d'inconcevable Comme un chant d'oiseau en temps de guerre. Odysseas Elytis (Le soleil sait) (Traduction : Angélique Ionatos) Un grand merci à Jean Paul Lacombe pour m'avoir transmis ce poème.


Black Friday 8 Menace par le Dr Bernard Payrau du 22 janvier 2016

 Les attentats terroristes du 13 novembre à Paris ont été suivis de nombreux autres dans le monde. Depuis cette date, il s'en est produit 12 sur le reste de novembre, 8 en décembre, et 10 au 14 janvier (1). Depuis le 15 janvier, un 11e à Ouagadougou au Burkina Faso. Même les plus récents sont tous inscrits dans le passé. Et c'est sur l'avenir que plane la menace de récidive, plombant l'atmosphère parisienne. Individuellement, cette menace fait son chemin à tous les étages du psychisme, conscient et inconscient.  

Une menace, c'est l'éventualité d'un événement fâcheux, présageant l'imminence d'un danger. C'est aussi la manifestation de violence par laquelle est signifiée à autrui l'intention qu'on a de lui faire du mal. Expression du projet de nuire qui, en France, est un délit. Le long catalogue des menaces susceptibles de perturber notre vie peut les classer en objectives:  le temps est menaçant, le toit menace de s'écrouler, et subjectives se rapportant à une action destinée à peser sur une personne. 

Et le constat est qu’un parcours d'une vie se fait sous les menaces répétées. La menace d'accouchement prématuré a pu déjà marquer certains dans le ventre de leur mère. En tant qu'instrument d'éducation, la menace est tellement banalisée qu'on finit par se poser la question s'il est possible de ne jamais en user. Bien qu'ayant insisté sur le danger que fait peser sur l'enfant et le futur adulte la menace du retrait d'amour, il reste une large panoplie de menaces plus ou moins judicieuses telles  que "si tu ne manges pas ta viande, tu n'auras pas de dessert". De sorte que toute phrase débutant par si, quand il s'agit de commander un enfant, risque d'être l’expression d’une menace. Dans cette perspective, on entrevoit que la menace proférée contre un adulte aussi bien que contre un enfant, est souvent celle d’une punition ou de représailles, parfois aux limites du chantage. 

Dès lors, la menace est l'arme la plus évidente pour les terroristes et leurs commanditaires qui cherchent à manipuler la population, comme on le ferait d'enfants n'ayant pas encore atteint "l'âge de raison". Si la maturité politique des Français leur permet globalement de ne pas être des irresponsables civiques, à titre individuel, le processus de commande par la menace reste profondément inscrit sous le registre du système récompense-punition enfoui en chacun. Telles des mines antipersonnel restées enterrées sur un terrain abandonné après des affrontements. J'en veux pour exemple les personnes qui détestent leur prénom, se souvenant parfaitement avoir été souvent appelées par leur prénom sur un ton de menace quand ils avaient déplu à leurs parents. Il serait regrettable qu’individuellement nous soyons paralysés par la peur provoquée par la menace d’une autorité étrangère, comme E.T. qui, dans le film de Spielberg, ne parvient pas à rejoindre son vaisseau spatial, terrorisé par la battue des forces de police. Alors quelle attitude adopter ?

En guise de réponse, je propose la lecture de deux livres de 140 pages chacun, vite dévorés. Réponse pacifiste pour la première ou martiale pour la seconde. 

Le plus ancien, le joli livre d'Antoine Paje : Et il me parla de cerisiers, de poussières et d'une montagne ... Pocket Editeur.

Le tout récent ouvrage mode d'emploi, à peine paru, déjà épuisé, mais téléchargeable pour la modique somme de 2,99 Euros : Vivre avec la menace terroriste. Réflexes, gestes et attitudes qui sauvent. Sous la direction d’Olivier et Raphaël Saint-Vincent. Eyrolles Editeur. 

 

(1) L’inventaire chiffré des attentats meurtriers perpétrés dans le monde depuis … un certain temps. Impressionnant mais instructif. https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_d'attentats_meurtriers#Novembre

Et pour se cultiver agréablement, on peut écouter les 2 Messes de l'Homme armé, que Josquin Desprez a composées sous ce titre vers 1512 : Missa l'Homme Armé sexti toni et Missa l'Homme Armé super voces musicales. A partir du thème de la Chanson populaire dite de l'Homme Armé, dont l'apparition coïncide avec la chute de Byzance devant l'empire ottoman en 1453, événement qui, à l'époque, a été un événement traumatisant pour l'Europe !

En voici les paroles en vieux Français :   

L'homme armé doit on doubter         

On a fait partout crier

que chacun se viegne armer

d'un haubregon de fer. 



Conséquences par Dr Bernard Payrau 11 janvier 2016

Entre Noël et Jour de l'an, Paris s'était vidé, tandis que de nombreux lieux de province, marché de Noël d'Alsace ou joli port historique sur l'Atlantique supposés moins risqués, voyaient se presser les visiteurs autour des thèmes festifs. Conséquences des attentats, me direz-vous. Bien sur! Beaucoup d'entre nous ont tiré les conséquences des événements de l'année 2015 à Paris. Ils ont été conséquents. 

Je dois au psychologue Belge Thierry Melchior une réflexion sur ces dispositions opposées que sont la conséquence et l'inconséquence. Etre conséquent, est une expression dont l'usage en France s'est perdu avec le temps, mais qui reste actif chez nos voisins Belges. Elle désigne le comportement d'une personne qui agit ou raisonne avec esprit de suite. C'est à dire qui reconnait à l'avance ou a postériori, les conséquences d'une pensée, d'un acte ou d'une situation. Comportement clairement valorisé. L'inconséquence, terme toujours vivant dans notre modernité, est clairement péjoratif, utilisé en forme de reproche. Il désigne une personne en contradiction avec elle-même et surtout, qui n'envisage pas les conséquences produites par ses paroles ou par ses actes. Quelle inconséquence ! dit-on à ces êtres qui agissent "sans réfléchir". Cette légèreté de comportement d'irresponsable n'est pas très appréciée. 

Mais l'excès en tout est un défaut disait mon grand-père. Thierry Melchior fait remarquer à juste titre que les êtres conséquents à l'extrême sont souvent ceux qui ne parviennent jamais à s'engager, ni à prendre d'initiatives ou décisions et s'angoissent beaucoup. A force de prévoir et calculer les conséquences de chacune d'elles, ils s'empêtrent dans leurs supputations et leur peur de se tromper. Alors, entre légèreté inconséquente et conséquence paralysante, que choisir ? 

S'agissant du danger, le choix peut être facilité par la distinction entre prudence et méfiance. La prudence prend des assurances, expérimente en misant à minima avant de s'engager et avance sur des bases qu'il reconnait pour être sures avant de s'engager plus avant. La méfiance conçoit un jugement à priori, un préjugé qu'elle projette sur la situation ou la personne en question. La méfiance soupçonne, s'attend au pire et se tient sur ses gardes. Elle ne s'y fie pas! L'attitude méfiante et soupçonneuse provoque à son tour méfiance et réaction défensive chez l'autre. Et met l'à-venir à distance. 

Merci à Thierry Melchior qui m'a offert cette révélation -qui est le sens même d'Épiphanie-, et c'est en pensant à lui que j'ai dégusté ma première portion de galette des Rois.

Je vous propose quelques lectures :

Melchior T (2003). 100 mots pour ne pas aller de MAL EN PSY. Ed. Les empêcheurs de penser en rond. Paris

Sans oublier l'incontournable roman de Milan Kundera L'insoutenable légèreté de l'être, paru chez Gallimard en 1990 et disponible en Folio. 


Black Friday 6, Maltraitance à enfant. par Dr Bernard Payrau

Comme tous les ans, Noël a mobilisé tant de monde dans notre société, et si tous les âges se sentent concernés par cet évènement festif, celui-ci est fondamentalement centré sur les enfants ! Cette société est historiquement fondée dans la culture chrétienne, mais force est de constater que la coutume a fini par déborder le rituel religieux célébrant la naissance de l'enfant Jésus. Cet événement est porteur d'une fonction symbolique qui en amplifie largement la portée. Depuis des millénaires, l'humanité honore et fête la fécondité de la terre, dont dépendaient les cueillettes de ses chasseurs-cueilleurs, comme les récoltes des cultivateurs contemporains. Elle fête aussi sa propre fécondité qui assure une descendance sans laquelle elle serait vouée à l'extinction. C’est l’image même que dépeint si bien Victor Hugo dans la famille réjouie avec ce poème « Lorsque l’enfant paraît » (1).

Mais, il ne s'agit pas de seulement faire des enfants, il faut les "bien-élever". Il faut en prendre soin car, comme l'écrit Frans de Waal, une espèce qui ne prend pas suffisamment soin de ses petits est promise à la disparition (2). Le petit de l'homme nait très immature, et il faudra beaucoup de soin et de temps pour qu'il devienne adulte. Il dépend de ses parents pour satisfaire ses besoins physiologiques, ses besoins de sécurité, d'amour, de respect et d'estime, etc. que la "bien-traitance" lui assure.

De trop nombreux enfants sont l'objet de son contraire : la maltraitance, physique, psychologique grave, sexuelle ou par négligence lourde selon la terminologie officielle. Les chiffres, réputés sous-estimés, sont les suivants : en France 4 à 16 % des enfants seraient victimes de violence physique, et 1 sur 10 de négligence ou de violence psychologique (3). Au niveau mondial, un quart des adultes déclarent avoir subi des violences physiques dans leur enfance (4). Malheureusement ses effets pervers se prolongent à l’âge adulte. La physiologie d’adaptation neuroendocrinienne au stress peut rester profondément fragilisée, exposant notamment à un sur risque de syndrome post-traumatique. Dans le domaine psychique, elle génèrera souvent une propension à commettre des violences ou à en subir (4, 5). Le risque, comme l'a si bien décrit Alice Miller (6) en retraçant l'enfance de personnages comme Staline ou Hitler et celle des personnes qui se sont mises au service de leur implacable tyrannie, est de produire des sociétés violentes, dominées par des êtres brutaux et sans pitié.

D'un point de vue symbolique, célébrer la naissance de l'enfant Jésus possède une dimension humaniste qui concerne aussi athées et adeptes de toute autre religion. Une prophétie avait annoncé la naissance à Bethléem d'un enfant destiné à devenir roi. Averti de sa naissance, Hérode le despote régnant, décide de le faire assassiner pour protéger son trône. Ayant eu en rêve l'intuition du danger, Joseph son père, fuit en Egypte avec sa famille. L'enfant étant introuvable, Hérode fait alors tuer tous les enfants de deux ans et au-dessous vivant dans la région de Bethléem (7). D'un côté, la pire des maltraitances : l'infanticide. De l'autre, s'y oppose une famille bien-traitante et exemplaire : un père travailleur, attaché au bien de sa famille, intuitif, une mère aimante et dévouée, un couple parental prévoyant, uni et harmonieux, assurant nourriture, protection, amour, et éducation dans le respect des qualités intrinsèques de cet enfant, divin par nature. 

Alors, vive ce Noël, dont l'étymologie signifie tout simplement naissance, qui nous invite à fêter nos enfants une fois par an, en continuant de les bien-traiter toute l'année. 

Je ne peux que conseiller de consacrer 3 mn au poème de Victor Hugo. Conscient d'avoir abordé un sujet important, grave et délicat, mais pouvant être controversé, si certaines informations vous interpellent et que vous avez besoin de confirmations ou de précisions, les renvois entre parenthèses ont leur correspondance. Si vous avez un petit moment et l'âme pas trop sensible, vous pourrez lire en direct les textes-source sur les pages internet de l’UNICEF et de l'OMS. Le (3) publié par l’HAS est un pavé destiné aux médecins, mais accessible à tous. Quant aux livres cités, nous les avons lus et ils sont tous passionnants, mais s’il fallait en choisir un, je conseillerais un des deux d’Alice Miller, psychanalyste qui a connu la maltraitance dans son enfance, et sait donc doublement de quoi elle parle.

(1) Lorsque l’enfant parait. Victor Hugo.

(2) Frans de Waal (2013). Le bonobo, Dieu et nous : A la recherche de l'humanisme chez les primates.  Ed. Les liens qui libèrent Paris.

(3) Maltraitance chez l’enfant : repérage  et conduite à tenir. Haute Autorité de Santé/Service Bonnes pratiques professionnelles/octobre 2014. http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/2014-11/maltraitance_enfant_rapport_d_elaboration.pdf

(4) OMS La maltraitance des enfants Aide-mémoire N°150, Décembre 2014. http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs150/fr/

 (5) UNICEF. Protection de l'enfant contre la violence et les mauvais traitements. La violence contre les enfants. http://www.unicef.org/french/protection/index_violence.html

(6) Alice Miller : 

Notre corps ne ment jamais (2004) Flammarion Ed. (lecture de Christine)

La souffrance muette de l’enfant (1990) Aubier Ed. (lecture de Bernard)

(7) Matthieu (2.1-2.18). http://www.info-bible.org/lsg/40.Matthieu.html

Billet du 22 décembre 2015 Bernard Payrau

"Même pas peur" sur une banderole de la façade fleurie de gerbes du souvenir, déposées en hommage aux personnes qui avaient perdu la vie à la terrasse de "La Belle Equipe". Un bistrot au coin de notre rue. Bravade d'enfant faite à la face des terroristes, dont un des objectifs est, comme leur nom l'indique, de semer la terreur.

Au premier degré, la terreur est cette peur extrême qui saisit la personne, la bouleverse, l'affole ou la paralyse. Terreur phobique des chiens, qui pousse un enfant à se jeter sous les roues d'une voiture en tentant d'échapper à l’animal de cauchemar qui a surgi devant lui. Le 11 Septembre 2001, deux cents personnes ont sauté dans le vide, du haut des tours jumelles à New York.

Au niveau collectif, la terreur est ce procédé que certains régimes politiques font régner dans une population, dans un groupe, pour briser sa résistance et le dominer. En 1793, durant la "Révolution Française", la France a connu pendant une année cette phase nommée "la Terreur". Mais depuis, sa maturité politique lui a permis de ne plus y revenir, et ce slogan a fleuri ici et là pour signifier la volonté de cette société de ne pas se laisser manipuler. L’esprit français usant de l’ironie et de la fonction distanciatrice de l’humour.

Car à titre individuel, nous sommes tous imprégnés d’une peur résiduelle, remarquable par le fait que nous sursautons bien plus vivement que d’habitude quand un bruit soudain nous surprend. Ou lorsqu'un personnage inattendu, évoquant par son allure un membre du commando du 13 Novembre, apparait inopinément dans notre champ de vision et nous met en alerte. Et l’on a vu aussi fleurir des manifestations de colère, en tant qu’autre expression de la peur. Celle qui fait réprimander trop vigoureusement un enfant imprudent qui, en pleurs, vient de tomber de vélo sous le nez de ses parents, et aurait plutôt eu besoin d’être consolé !

Je deviens un peu mauviette, dit la Grand-Mère. J'évite de bouger, de sortir. J'avoue que les courses de Noël m'ont retenue à la maison, je les ai faites sur catalogue cette année. A-t-elle cédé au sentiment d'insécurité ambiant ? Non, car elle ajoute : avec l'âge, je deviens douloureuse et fatigable. J'ai depuis quelque temps une pusillanimité qu'il faudrait quand même combattre ! Pas impressionnée la Grand-Mère qui en a vu d’autres et conclut : de toutes façons, c'est trop tard pour se faire mitrailler rue de Charonne.

La peur est un outil de sauvegarde, mais qui, comme tous les outils, doit être utilisé à bon escient, ni refoulé, ni débordant. Et la chanson que Balavoine chantait si bien : « je ne suis pas un héro, la peur me colle à la peau … » était un aveu qui rendait si humain le personnage, faible et fort tout à la fois.

Photo 1 JOLY LEWIS/SIPA http://www.lavie.fr/images/2015/11/16/68205_hommage-meme-pas-peur-attentats-paris_440x260.jpg

Photo 2 http://lesmotsdem.files.wordpress.com/2014/02/elephant-peur-souris.jpg?w=672&h=680



14 Décembre 2015. Réminiscences et travail de sape. Dr Bernard Payrau

A propos des attentats de Paris, une dame de 82 ans me dit "ça m'a perturbée, cette histoire-là m'a remémoré le nazisme. J'étais petite et ça m'a fait tout ressortir". Quelques jours plus tard, un homme du même âge me dit que "les attentats et leur pénibilité" avaient réactivé des souvenirs de même nature qui le plongeaient depuis lors dans une morosité et un ressassement permanents.

 

Ces attentats ont fait bouger tant de choses, provoquant des réactions immédiates qui ont envahi la scène de la vie française et étrangère, et toutes sortes d'émotions secondaires qui peu à peu se font jour. Des réactions surprenantes, liés à des phénomènes de réminiscence. Souvenirs bien identifiés, mais pas toujours, loin s'en faut. Souvenirs de guerre, mais pas seulement. Souvenirs de violences extrêmes dont chacun d'entre nous peut avoir fait la douloureuse expérience, subies à titre individuel, durant l'enfance ou à l’âge adulte. Plus ou moins voilés d'oubli.

 

Traumatismes enfouis et réactivés par la violence du présent, et qui ont "remué" les personnes concernées, dont les comportements, et plus encore les motifs, ne leur sont pas toujours apparus clairement. La violence engendre la violence, mais dans ces cas-là, la violence a réveillé la violence. Et, selon le tempérament, cette violence a pu être retournée en soi et contre soi, ou extériorisée, projetée sur les autres. Traduite sous forme de troubles du sommeil ou de l'humeur dans le premier cas, manifestée en paroles ou en actes dans le second. Avec parfois une explosivité qui aura pris l'entourage au dépourvu, par son intensité disproportionnée, par son décalage vis à vis de la situation déclenchante.

 

Malheureusement, morosité et violence sont contagieuses, et génératrices de souffrance pour le tissu social. En fait, les attentats ont aussi ouvert, et de façon insidieuse, le front d'une guerre psychologique. La société a été déstabilisée par le choc initial des attentats. Ensuite, un travail de sape s'est mis à l'œuvre par le truchement des implosions et explosions chez des êtres qui portaient en eux, véritables bombes à retardement, leurs traumas refoulés.

 

Afin qu'ils deviennent inoffensifs, c'est le moment de désactiver pour les archiver paisiblement, ces souvenirs traumatiques. Inscrite dans le corps et dans le mental, l'expérience de stress suraigu, offrent aux méthodes de soin à médiation corporelle une place de choix. La réflexologie harmonise les régulations neurovégétatives, la fasciathérapie travaille sur l'inscription corporelle de l'expérience de stress. Quant à l'hypnose, elle est employée très couramment dans le traitement du stress post-traumatique dans de nombreux pays.


Pour ceux qui ont quelques mn pour regarder l'interview du Pr Crocq, médecin militaire français qui a beaucoup travaillé en hypnose et dont les travaux font autorité sur la scène internationale en particulier ceux sur la névrose traumatique et la névrose de guerre : https://www.youtube.com/watch?v=4WKbytiaX1U

https://www.youtube.com/watch?v=Qu5bWYgAK-I

03/12/2015 Deuil. Dr Bernard Payrau

Déjà décembre et les fêtes traditionnelles que la France célèbre chaque année approchent. Paris arbore ses illuminations, mais vitrines de Noel et magasins n’attirent pas grand monde. Au lieu de réjouissance, une atmosphère de tristesse s’impose.

Après le temps de sidération et des émotions violentes, c’est une profonde douleur morale qui diffuse la souffrance dans les cœurs. Même si l’actualité a braqué ses projecteurs sur d’autres sujets, le malheur accable chacun et infiltre la société. Même si l’on n’est pas touché directement par la disparition d’un proche, il est impossible de ne pas être concerné par la douleur des familles et des proches des victimes, impossible de ne pas penser aux traumatisés, à leurs blessures, à leurs séquelles. Il est vrai qu’avec 130 morts, beaucoup de personnes connaissent quelqu'un qui a disparu.

La peur est moins aigue et laisse un peu plus de place à la douleur morale, et les deux participent à cet affreux mélange qui produit cette grande amertume. Au premier chef, ce qui a été atteint au travers de ce carnage, c’est la jeunesse qui était notre avenir et prenait du plaisir à la vie. La société pleure sa jeunesse, comme des parents qui ont perdu leurs propres enfants.

Le travail de deuil est en route et se fera, à condition qu’il ne soit pas empêché par des émotions délétères telles que l’angoisse, la colère, la rancœur, le désir de vengeance. Attention à ces poisons-là, et à quelques autres.

S’il convient d’honorer les morts, les vivants se doivent de renouer avec leur propre pulsion de vie et sa joie inhérente. Le manque est indéniable et il n’est pas question de vouloir l’ignorer, mais recommencer à vivre pleinement c’est aussi une façon de refuser le malheur et de montrer à ceux qui ont décidé de le provoquer l’inanité de leur geste.

Alors vive le conatus, cette tendance à exister le plus et le mieux possible si chère à Spinoza et, pour ceux que les lectures philosophiques ne rebutent pas, qu’ils s’appuient sur ce texte si merveilleux (et accessible au lecteur moderne) de Alain sur la valeur morale de la joie. Ce texte peut être atteint sur le site: http://classiques.uqac.ca/classiques/Alain/valeur_morale_joie_spinoza/valeur_joie_spinoza.html

Bonne lecture et retrouvez le chemin de la joie.


24/11/2015 ALERTE, c'est l'état du moment.Dr Bernard Payrau

Rester vigilant et donner l'alerte à la moindre suspicion. Alerte au colis piégé dans les lieux publics, qui fait se multiplier chaque jour les retards au travail et leur dose de stress supplémentaire. Mais aussi, réactions vives à la moindre sirène de police. Et l'on voit soudain s'alarmer, s'affoler pour certains, les rares passagers du bus, lorsque celui-ci croise l'escouade de voitures de CRS qui traverse Paris à vive allure. Tout un chacun reste donc sur le qui-vive.

La réaction d'alerte est le premier temps de la cascade physiologique de la réaction de stress. C'est ainsi que l'on nomme le temps de la décharge d'adrénaline et son cortège de conséquences physiologiques, dont les plus connues sont l'accélération du cœur et l'élévation tensionnelle. Mais attention, par nature elle n'est pas faite pour durer. Et si elle se prolonge, on peut s'attendre à des phénomènes d'épuisement.

Alors, que faire? Appliquer nos formules personnelles, celles qui nous permettent de relâcher: bain chaud, couette et cocooning, ou belle soirée entre amis chaleureux, à chacun ses préférences. Car il est temps de faire diminuer l'excès de vigilance, l'irruption dramatique du danger est dans un passé certes proche, mais dans le passé quand même. C'est l'impression persistante qui fait prendre le passé pour le présent , chat échaudé craint l'eau froide, comme l'exprime si bien le dicton populaire. Si les recettes personnelles pour se rasséréner ne suffisent pas, alors il ne faut pas hésiter à se faire aider : toutes formes de relaxation, séance de réflexologie ou de fasciathérapie, la parole thérapeutique qui n'est pas réservée aux cellules de crise, hypnose qui, elle non plus n'est pas destinée qu'au syndrome post-traumatique avéré.

Et puis, une recette éprouvée : s'adonner à la compassion. S'extraire d'une attitude mentale centrée sur son propre état pour s'ouvrir à l'autre, au reste du monde. Sortir de la passivité et passer à l'action libératrice et bienfaisante. L'épanouissement au lieu de la rétraction sur son moi souffrant, dans un "care" libérateur d'endorphines.

19/11/06  Attentats, émotions et stress.

Dr Benard Payrau

Une foule d'émotions a fait irruption dans la nuit de ce vendredi 13 Novembre, avec les attentats qui ont été perpétrés dans Paris. Ce sont la panique et la terreur et, à un degré moindre de violence, la peur qui ont été reflétées par l'expression générale.

Il est remarquable que ce n'est pas le terme de stress qui s'est imposé. Sans doute trop rodé, trop policé, trop banalisé par notre langage quotidien, depuis le temps que Hans Selye l'a mis au-devant de la scène de la vie individuelle, professionnelle et sociale. Peut-être aussi par le fait que la représentation cognitive qui habituellement accompagne toute émotion, autrement dit la prise de conscience de ce mouvement intérieur, n'a pas encore fini son chemin dans les profondeurs des inconscients.

Et cependant, c'est la peur provoquée par la perception d'un danger imminent qui met en action le processus du stress. N'oublions pas que dans nos sociétés modernes, la vie sociale ordinaire fait rencontrer des dangers abstraits bien plus souvent que des dangers concrets. Et si l'on parle de jungle, c'est au figuré, et pas pour décrire une réalité concrète qui fait courir le risque de rencontrer un fauve et d'une mort sans appel.

Alors, l'état dans lequel nombre d'entre nous aura été plongé , risque fort de s'imposer d'ici quelque temps comme celui du stress. Il faudra le reconnaitre à travers ses manifestations souvent si diverses, le rapporter à sa cause et en aménager les effets. A moins que dès à présent, chacun d'entre nous se donne les moyens de le faire en mettant en route des stratégies antistress.